Bon nombre de sujets fondamentaux ont été élucidés lors des élections législatives du 17 mai, alors qu'elles ont des incidences fondamentales tant sur le plan économique, politique (voire militaire), que social et culturel sur le devenir de la société algérienne, alors qu'elles sont au centre des importants débats qui animent les acteurs politiques de la plupart des pays, ce qui constitue une indigence politique: les effets de la mondialisation et notamment la nécessaire refonte de l'Etat et la lutte contre la bureaucratie, beaucoup plus néfaste que le terrorisme, et donc les liens entre la démocratie tenant compte de notre anthropologie, l'Etat de droit renvoyant à la lutte contre la corruption, la moralisation de la société, la refonte de la justice (renvoyant à la mobilisation de la société sans laquelle aucun développement n'est possible, une politique volontariste étatique étant à jamais révolue) pour la mise en place d'une véritable économie de marché concurrentielle adaptée aux nouvelles réalités locales et mondiales, où le respect du contrat doit remplacer les relations de clientèles; comment intégrer la sphère informelle dominante si l'on soustrait les hydrocarbures ?; les implications des accords pour une zone de libre-échange avec l'Europe appliqués depuis le 1er septembre 2005 et les futurs accords avec l'OMC, notamment sur les dégrèvements tarifaires progressifs à l'horizon 2010/2015; comment dynamiser une production et une exportation hors hydrocarbures et donc comment réhabiliter l'entreprise et les couches moyennes porteuses de développement; la refonte du système financier et du foncier, deux segments paralysant actuellement la dynamisation de l'investissement; le devenir de la privatisation bloquée actuellement, dont les opérations sont loin d'être transparentes.
Car il faut éviter les utopies (l'effritement des courants ultra gauchistes trotskystes à travers le monde l'atteste avec la reconversion à la social-démocratie de la gauche réaliste), car il n'existe pas d'économie de marché spécifique à l'algérienne; enfin et surtout la réforme de l'école et donc la place du savoir (et comment arrêter l'hémorragie des cerveaux) dans la nouvelle politique économique et sociale, fondement du nouveau mode d'accumulation du XXIème siècle.
Dans la présente contribution, nous abordons un axe stratégique qui fait que si l'économie de marché n'a pu atteindre normalement la vitesse de croisière qui était programmée, (nous sommes toujours en transition depuis 1980), c'est à cause de la léthargie du système financier qui est le coeur de la redistribution de la rente.
LE MICRO-CREDIT ET LE WARRANTAGE
Parmi les nombreux instruments financiers devant être mis en place pour un passage rapide vers l'économie de marché, dont il est fermement fait option, il y a ceux que l'Algérie a fait introduire par le biais de son code de commerce qui ne sont pas encore appliqués, et celui qui intéresse la situation d'un nombre considérable de citoyens de condition modeste, particulièrement ceux qui manquent d'aide financière pour s'adonner à une activité professionnelle, qui est en l'occurrence le micro-crédit ou le crédit bail. Il s'agit d'un instrument dont le promoteur a eu le prix Nobel pour sa réussite à travers de nombreux pays de la planète, notamment ceux d'Asie où le nombre de chômeurs est du taux le plus élevé au monde. Sa particularité, c'est la mise à disposition de petites sommes sous forme de crédit à terme dont la garantie du produit vendu en location-vente est celle de ce dernier qui restera au nom du bailleur des fonds jusqu'à achèvement du paiement du bien acheté. L'usage de ce précieux instrument financier pourrait convenir en premier lieu au développement de l'agriculture, avec l'embauche de jeunes mécaniciens dans le cadre de leur insertion à la vie active, qui peuvent obtenir des micro-crédits pour l'achat d'un tracteur ou d'une moissonneuse-batteuse pour prendre en charge le labourage ou la moisson de la production agricole de toute une région, avec un planning pour le nombre d'heures à réserver aux différentes propriétés qui ont besoin de ce genre de prestation de service.
Dans ce cas de figure, la maintenance du matériel agricole étant la bête noire des travailleurs de la terre, seuls des jeunes mécaniciens pourront maintenir en bon état l'équipement devant servir à des prestations de service. A cela s'ajoute l'aide à des chômeurs qui ont besoin d'un micro-crédit pour garnir les étagères d'un petit magasin, ou de l'équipement à acheter pour l'exercice de différents métiers dont ils ont la formation adéquate. Par ailleurs, l'éminent fondateur de cet instrument financier, s'il a été promu à une haute distinction telle que celle du prix Nobel, c'est parce qu'il a prouvé que le micro-crédit est le seul instrument qui a pu faire sortir de la pauvreté des millions de familles, dont la majorité des utilisateurs est constituée de femmes. Ainsi, le Premier ministre pakistanais, lors d'un séminaire regroupant des délégués de la micro-finance, avait fait part de l'objectif visé pour l'an 2015: il s'agit de faire sortir de la pauvreté plus de 175 millions de personnes par le biais du micro-crédit, dont l'intensification est programmée à travers tous les pays d'Asie afin de satisfaire les besoins d'un grand nombre de familles pauvres. Et le risque de non-remboursement n'est que de 1% seulement, avec une clientèle totalement démunie et sans aucune référence en matière de crédit.
Ceci étant, c'est ce qui conviendrait le mieux aux familles algériennes qui font chez elles de menus travaux, afin de se faire aider matériellement, du genre à préparer la matière première pour des produits semi-finis. Tel que le fait de carder la laine ou de la filocher pour les fabricants de tapis ou de couvertures, etc. Et à cet égard, il est évident qu'elles ont besoin de petites sommes pour l'achat de la matière première à préparer ou de l'équipement qu'il faut pour rentabiliser leurs placements.
Ce qui viendrait aussi en aide à de nombreux jeunes ayant fait une mauvaise scolarité pour se trouver au chômage sans se rendre compte de ce qu'il y a comme risque à courir pour devenir la proie de plusieurs dangers qui les guettent à cause de leur manque d'expérience. Cela suppose une réorganisation urgente par une cohérence dans la démarche des organismes actuellement chargés de la concrétiser qui sont bureaucratisés.
Un autre instrument financier déjà introduit par le code de commerce, et qui n'est pas encore mis en place pour son utilisation à grande échelle, c'est le warrantage, qui aide le banquier à mieux gérer les risques inhérents aux crédits alloués. Ainsi, il y a lieu de se demander pourquoi un tel instrument, dont l'enjeu est de taille en matière de crédit, n'est pas utilisé.
Pourtant, pour sa mise en place, c'est ce qu'il y a de si simple en s'effectuant par un endos sur le warrant de la même façon que sur un chèque pour la vente ou la cession du bien warranté. A cela s'ajoute le factoring, dont on ignore pourquoi il est boudé par les banquiers, alors qu'en réalité son utilisation est nécessaire pour l'aération de la comptabilité des sociétés débitrices devant soulager les crédits accordés par les banques.
D'autre part, l'instrument financier qu'utilisent les banquiers comme moyen de contrôle pour une parfaite gestion des risques est la domiciliation. Ce qui, dans une économie de marché, est appelé à disparaître avec la libéralisation des transferts, ainsi que la possibilité pour les banques de disposer librement de leurs avoirs en devises chez des correspondants étrangers.
Par ailleurs, à l'heure actuelle, le manque de réforme de gestion des banques les empêche de s'adapter à la nouvelle donne économique: à cet égard, le maintien de cet instrument de contrôle qui est la domiciliation s'avère d'une nécessité absolue. D'autant plus que ce n'est que par le biais de cet instrument que d'innombrables lacunes ont été découvertes, dont la plupart proviennent des mises en place de lettres de crédit par les banques. D'autant que dans ce contexte, pendant le début des années 1990, il y a eu des abus de transferts de fonds par le truchement de ces mises en place de lettres de crédit, où, pour l'apurement de chaque dossier devant être envoyé à la Banque centrale, manquaient les D3 justifiant l'arrivée de la marchandise. Ainsi que, pour les exportations, il n'y avait pas de trace des documents douaniers justifiant le rapatriement des fonds. Evidemment, la découverte de ces trafics s'est faite par l'intermédiaire de la procédure de domiciliation que les services de la Banque centrale n'ont pu dénoncer pour mettre un terme à ce genre de pratiques illicites.
La réponse donnée dans le temps, c'est de ne pas risquer de porter préjudice à des banques déjà en difficulté par une gestion assistée, où la tutelle administrative impose son diktat par des directives adressées aux gestionnaires responsables des banques.
IMAGINER DES INSTRUMENTS FINANCIERS ADAPTES
Il appartient aussi d'insister sur les résultats obtenus par les principaux instruments financiers qui constituent la base de fondement de l'économie de marché, qui sont la Bourse et la privatisation comme structures devant permettre l'accès à la nouvelle donne économique. La Bourse d'Alger est en léthargie depuis des années du fait que n'existe nulle part de par le monde de bourse étatique (paradoxalement, des entreprises d'Etat souvent déficitaires achetant des entreprises déficitaires). Et comme instrument financier à évoquer, c'est celui du bon de souscription récemment expérimenté par des marchés boursiers dans des opérations de privatisation. D'autant qu'il pourrait servir d'un grand support, dans la mesure où les Algériens décident de privatiser par le biais de la Bourse. Surtout que depuis que cet instrument a été expérimenté dans bon nombre pays de l'ex-camp communiste, les résultats sont concluants pour qu'il soit vivement recommandé.
Par ailleurs, il y a un instrument financier de taille devant être mis en place en Algérie afin de mettre un terme aux nombreuses mises en demeure qui paraissent dans la presse chaque jour, concernant des entreprises privées ayant des marchés avec les services publics, qui n'arrivent pas à observer les clauses du marché. Il s'agit en outre d'une autre procédure que celle qu'applique l'administration actuellement et qui consiste à fournir une caution bancaire de 10% du montant du marché pour pouvoir obtenir l'avance du même montant. Avec le nouvel instrument financier, il ne serait plus question de garantie bancaire ou d'avance de 10% à faire. Ainsi, la banque paierait tous les matériaux de construction qu'il faudrait pour le démarrage en les faisant déposer dans l'enceinte du chantier avec des gardiens à elle pour que rien ne puisse sortir sans présentation du bon à enlever de la banque. Et l'entrepreneur ne touchera l'argent des travaux effectués que sur présentation de situation à chaque fin de mois après déduction de ce que la banque aurait avancé pour le paiement des matériaux et des salaires des ouvriers. Dans ce cas de figure, il n'y aurait plus d'avance qui serait dépensée à tort et à travers par l'entrepreneur, ainsi que le règlement de situations présentées avec du retard à cause d'une bureaucratie lourde souvent à l'origine des arrêts de travaux ou de litiges. D'autant plus que la banque pourrait financer elle-même les travaux sans faire appel à l'entreprise par le fait de pouvoir louer les services d'un ingénieur en béton et d'un conducteur de chantier, ce qui est primordial. D'autre part, cet instrument, qui n'est pas encore testé, pourrait à la rigueur l'être en Algérie afin de régler le problème des nombreux conflits dont la presse fait état presque chaque jour.
En plus des instruments financiers qui viennent d'être évoqués, il y a celui du banking islamique qui ne peut nous laisser indifférents. Il a été introduit en Algérie en 1991 dans des conditions peu favorables après option pour l'économie de marché, où le pays se trouvait à l'affût de nouveaux capitaux devant être injectés pour la relance économique. De ce fait, l'inconvénient dans ce cas de figure, c'est le gisement d'épargne d'une richesse insoupçonnable, estimée à un tiers de l'ensemble national qui est détenu par des pratiquants religieux qui sont commerçants ou possédants, dont l'attachement à la charia les incite à rejeter toute intermédiation de banques traditionnelles, qu'ils considèrent comme ribâ.
A la lumière de ce qui précède, il appartient de ne pas perdre de vue l'effort devant être axé sur l'adoption d'une nouvelle approche de gestion en se conformant aux principes ayant présidé à la définition de la ribâ. Il est utile d'insister sur la mise en place du dispositif prudentiel et des mesures qui l'accompagnent tendant à rendre plus flexibles les gestionnaires du crédit islamique en matière de risque, notamment quand ils sont inhérents aux investissements, afin d'accroître le nombre de clients pour pouvoir augmenter le volume de la collecte de la petite épargne vers l'investissement.
Dans cette vision des faits, le banking islamique est de ne pas s'occuper des taux d'intérêt et de leur fluctuation pour ne pouvoir se fier qu'à du concret, qui est celui de se baser sur des bénéfices ou dividendes réalisés par des résultats de l'exercice de chaque fin d'année.
En résumé, la refonte du système financier, avec le foncier, s'avère impérieuse afin de concilier les impératifs du développement national et les exigences de la mondialisation. Le retard de la mise en application de la débureaucratisation, de la privatisation, de la réforme financière est causé par de nombreux obstacles dressés par des chantres d'un système révolu qui est celui de la gestion administrée, dont le désir ardent est celui de s'opposer à tout changement préconisé pour ne pas perdre des privilèges, la réforme financière avait été pourtant inscrite comme la priorité stratégique du programme du Président de la République.
Car cette réforme structurelle, qui atténuera les intérêts occultes de la rente comme en témoignent les différents scandales financiers à répétition, et qui ne saurait s'assimiler à un aspect purement technique qui est l'intermédiation financière (même si elle est importante), conditionne largement la réussite de la réforme globale, condition d'une croissance durable et d'une lutte efficace contre le chômage et la pauvreté.